Tesla : le gendarme SEC, le patron Elon Musk et le successeur

Publié le 29 septembre 2018 à 07h00 | Fabrice SPATH | 4 minutes

Premier actionnaire du constructeur, Elon Musk devra-t-il quitté l’entreprise sous la contrainte ?

Premier actionnaire du constructeur, Elon Musk devra-t-il quitté l’entreprise sous la contrainte ?

Au moment où le constructeur atteint un record de production et réussit à assembler plus de 6 700 Model 3 en une seule semaine, son PDG Elon Musk est accusé par le gendarme boursier américain (SEC) d’avoir trompé les actionnaires début août en annonçant le retrait du titre de Wall Street qui lui a demandé de céder sa place à la tête de l’entreprise. Le point sur cette crise en 4 questions.

 

De quoi Elon Musk est-il accusé ?

Le 25 août dernier, la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme boursier américain, a ouvert une enquête suite au tweet d’Elon Musk postée le 7 août sur le réseau social Twitter, message dans lequel il annonce son intention de retirer le titre de Wall Street lorsque celui-ci aura atteint 420 dollars et d’avoir trouvé les financements nécessaires auprès du fonds souverain de l’Arabie saoudite.

Actionnaire récent, le fonds n’a pas donné suite aux discussions engagées, donnant sa préférence à la jeune entreprise sino-américaine Lucid Motors qui bénéficiera d’un investissement équivalent à 1 milliard de dollars. A l’issue de son enquête, la SEC a décidé jeudi 27 septembre de poursuivre M. Musk en justice, en l’enjoignant de quitter la direction de l’entreprise.

 

Elon Musk restera-t-il à la tête de l’entreprise ?

Cofondateur de l’entreprise en 2003, Musk a reçu hier le soutien de l’ensemble de son conseil d’administration. Une opération visant à rassurer les investisseurs qui n’a pas porté ses fruits. Le titre a ainsi chuté de 13,9 % pour terminer à 204,77 dollars, soit une baisse de 43 % depuis l’annonce du 7 août. Dans les jours qui ont suivi la publication du tweet, le titre avait bondi jusqu’à 379,57 dollars.

Si la requête de la SEC devait aboutir, « cela pourrait accélérer la transition inévitable vers une valorisation de l'action de Tesla uniquement basée sur les fondamentaux », estiment les analystes de JPMorgan. Pourtant, le groupe a construit sa réputation et sa valorisation - la plus importante pour un constructeur automobile aux États-Unis, devant Ford - grâce aux décisions et à la personnalité de Musk.

Selon le Wall Street Journal, la SEC et le PDG de Tesla s'étaient mis d'accord en amont sur un règlement amiable pour éviter les poursuites, et ce dès l’ouverture de l’enquête. Mais en contrepartie, le gendarme exigeait le versement d’une amende, la nomination au conseil de deux nouveaux administrateurs indépendants et le retrait de Musk durant deux ans de la tête de l’entreprise. Une offre que l’homme d’affaires d’origine sud-africaine et ses avocats ont finalement refusé.

Tesla : le Français Jérôme Guillen devient patron de la division automobile 

Qui sont les successeurs potentiels ?

Interrogé par l’AFP, Jed Dorsheimer, analyste pour Canaccord Genuity, confie que la confiance des clients et celle des investisseurs pourraient être durablement écornée par une enquête menée par la SEC. Une procédure qui pourrait aboutir au retrait de la direction de l’actuel PDG et actionnaire à hauteur de 20 %. Selon nos confrères du site canadien Electrek, trois « Tesla Boys » sont en mesure de remplacer Elon Musk.

A commencer par le français Jérôme Guillen qui, après 8 ans passés dans l’entreprise, vient d’être nommé Vice-Président de l’activité automobile du groupe. JB Straubel, le cofondateur de l’entreprise et actuel CTO, pourrait également succéder à Musk. Toutefois, son champ de compétences est limité à l’aspect technologique. Troisième successeur potentiel : l’ex directeur financier Deepak Ahuja qui a passé au total 9 ans au sein de la société et qui détient une grande expérience dans le secteur automobile.

États-Unis : Tesla est déjà numéro 1 des ventes de voitures électriques 

Pourquoi cette crise arrive au plus mauvais moment ?

Vertement critiquée par les analystes et moquée par la concurrence pour ne pas tenir ses objectifs en matière de production, la firme de Palo Alto aura pourtant assemblé plus de 77 400 véhicules électriques au troisième trimestre. Un record en appelant un autre, le rythme hebdomadaire de production de la familiale Model 3 a atteint pour la première fois les 6 700 exemplaires. Sur la période, Tesla s’était engagé à produire au moins 50 000 Model 3. Un objectif atteint hier, soit avec deux jours d’avance sur le calendrier.

Par ailleurs, la Model 3 est passée en tête des ventes mondiales de véhicules électriques et hybrides rechargeables alors même que ses livraisons sont pour le moment circonscrites au seul continent nord-américain. Sur les 8 premiers mois de l’année, le site EV Sales Blog recense 59 305 ventes de Model 3, suivie de la compacte électrique Nissan LEAF (56 773) et de la citadine BAIC EC (43 434). Soit une part équivalente à 5 % du marché mondiale des véhicules à motorisations alternatives.

Fabrice SPATH

Fabrice SPATH

Cofondateur du site, Fabrice roule en électrique la semaine et en hybride rechargeable le week-end. Après être passé par la case ingénierie chez des constructeurs et équipementiers outre-Rhin, il collabore régulièrement avec la rédaction et travaille au développement de la place de marché.