Véhicules électriques : que vont devenir leurs millions de batteries ?

Publié le 03 juillet 2018 à 07h00 | Mathieu PARAIN | 3 minutes

Pour offrir une seconde vie aux batteries de leurs véhicules, les constructeurs misent sur les centrales de stockage d’énergie

Pour offrir une seconde vie aux batteries de leurs véhicules, les constructeurs misent sur les centrales de stockage d’énergie

ANALYSE – « Les constructeurs automobiles auront un problème à l’avenir, nous commençons déjà à l’entrevoir : le volume massif des batteries », a déclaré récemment Johan Stjernberg, le directeur général de Box of Energy AB, société suédoise qui développe et fabrique des systèmes intelligents de stockage d'énergie.


En effet, qu’adviendra-t-il des accumulateurs lorsque, arrivés en fin de vie, ils ne pourront plus être utilisés dans les voitures électriques ? Plusieurs solutions sont actuellement disponibles, mais celle qui est la plus fréquemment discutée concerne les systèmes de stockage stationnaire d’énergie (ESS).

Ces systèmes composés d’accumulateurs usagés, qui peuvent parfois en très grand nombre permettre, comme leur nom l’indique, d’emmagasiner de l’électricité, d’origine renouvelable la plupart du temps, et ce en très grande quantité. Une possibilité qui n’a pas échappé aux industriels, notamment les groupes automobiles, qui cherchent maintenant à en rentabiliser l’utilisation.

550 milliards de dollars d’investissements

Une utilisation systématique des batteries d’occasion se profile ainsi, utilisation qui devrait particulièrement se renforcer avec l’arrivée en masse des véhicules électriques au cours de la prochaine décennie. D’ores et déjà, soutient Avicenne Energy, un cabinet de conseils basé à Paris, l’industrie automobile a dépassé l’électronique grand public en tant que plus important consommateur de batteries lithium-ion.

D'ici 2040, avance pour sa part la Bloomberg New Energy Finance (BNEF), un institut de recherche et d’analyse économique londonien, plus de la moitié des ventes de voitures neuves et un tiers du parc mondial – soit 559 millions de véhicules – seront électriques. Une progression, qui, selon l’institut londonien, devraient amener les industriels à investir plus de 550 milliards de dollars dans les ESS d’ici 2050.

Economie circulaire

Une analyse partagée par M. Stjernberg, pour qui « le marché sera énorme » pour les applications de seconde vie des batteries. « La logique derrière tout cela, c'est l'économie circulaire », avance Cecile Sobole, responsable du programme VE du constructeur français Renault. L’économie circulaire, pour rappel, est un système d’échange et de production qui, à tous les stades du cycle de vie des produits, vise à augmenter l’efficacité de l’usage des ressources et à en diminuer les impacts sur l’environnement. « La batterie provenant du véhicule électrique fera de plus en plus partie du monde de l'énergie », prédit ainsi M. Sobole.

« C'est comme si vous pouviez retirer une pile alcaline de votre lampe de poche et la placer dans une télécommande, et ça suffira », explique Hans Eric Melin, fondateur de Circular Energy Storage Research and Consulting (CESRC), une société de conseils basée à Londres. Qui va même plus loin dans son analyse du processus de recyclage des batteries, car, selon lui, « une batterie au lithium-ion ne meurt jamais ».

En effet, un accumulateur considéré comme défaillant sur une voiture conserve entre 50 et 70 % de sa capacité. Une capacité restante qui pourra être employée dans une centrale de stockage durant de nombreuses années avant de trouver une troisième application.

Mathieu PARAIN

Mathieu PARAIN

Passionné par les motorisations alternatives et attentif à l’impact des normes d’émissions sur le secteur automobile, Mathieu a débuté sa carrière de journaliste en Suisse avant de rejoindre la place de marché dédiée aux véhicules électriques et hybrides.