Environnement : les lobbys en action pour réfuter le changement climatique

Publié le 11 juillet 2018 à 09h00 | Mathieu PARAIN | 3 minutes

Aux États-Unis, de nouvelles études principalement financées par l’industrie pétrolière tentent de décrédibiliser la thèse du dérèglement climatique

Aux États-Unis, de nouvelles études principalement financées par l’industrie pétrolière tentent de décrédibiliser la thèse du dérèglement climatique

VIDEO – « Lorsque l'innovation technologique menace de renverser le statu quo, le statu quo se défend. » Le propos est signé Christine Todd Whitman, politicienne américaine et ancienne gouverneur de l’État du New Jersey.


Une réaction d’inquiétude face à la résurgence récente des campagnes qui visent à démanteler les progrès accomplis en matière environnementale aux États-Unis. Des campagnes financées par l’industrie du pétrole et qui visent à désinformer le grand public, selon l’ancienne gouverneure. Et dont les thèses, malgré les (très) nombreuses réfutations dont elles font l’objet, sont toujours âprement défendues par certains élus américains influents.

Des républicains pour la plupart ; et qui sont parlementaires. Récemment, ces politiciens ont une nouvelle fois initié des discussions à la Chambre des représentants dans le but déclaré de contester les principales conclusions issues des travaux menés en science du climat. Comme ils l’ont déjà fait en décembre 2013, juin 2014, mai 2015, janvier 2016, février 2017.

Modus operandi bien connu

Le modus operandi des parlementaires semble toujours le même : promouvoir l'incertitude quant à l'existence du changement climatique et de ses effets, et, de cette manière réduire l'inquiétude de l’opinion publique américaine sur la question, qui, une fois pris dans cet engrenage sophistiqué, perdra de vue l’interrogation – capitale – sur les causes du dérèglement du climat, et par conséquent, arrêtera de vouloir chercher les éventuels responsables à l’origine du phénomène. En 1998 déjà, cet argument de la nécessaire « reconnaissance des incertitudes de la science climatique » avait été utilisé à plusieurs reprises par le lobby des énergies fossiles.

Un mépris de la communauté scientifique américaine et mondiale qui confine désormais à l’irresponsabilité. Le politicien climato-sceptique représentant de l'Alabama, Mo Brooks, a ainsi déclaré sans sourciller, encouragé il est vrai par ses collègues et amis, que ce sont les dépôts de sédiments fluviaux et les roches tombant des falaises qui provoquent l'élévation du niveau des océans … Le réchauffement de ces derniers, qui provoque sa forte dilatation, et les nombreuses fontes de glaces, sont donc juste des histoires bonnes à remplir les fables de grand-mère pour M. Brooks.

Idéologie libertarienne

Son collègue républicain de l’État du Texas, Lamar Smith, a quant lui tenté de prouver qu'il y a pas de corrélation établie entre la hausse du niveau des océans et l'utilisation des combustibles fossiles. La « preuve » de M. Smith, montrée par celui-ci à une sommité de la science climatique auditionnée par la Chambre, a été rapidement démolie comme non-concluante. Les « marchands de doutes » semblent affaiblis, même aux États-Unis. Mais pas morts.

C’est que l’idéologie libertarienne reste une composante forte de l’identité politique américaine. Qu’il soit démontré que les combustibles fossiles sont à l’origine du réchauffement climatique, et que ce réchauffement entraînera immanquablement des catastrophes qui se chiffreront en centaines de milliards de dollars (Cf. le rapport Stern) n’implique nullement que la diminution de son usage soit souhaitée par tous.

« Permettre aux gens de poursuivre leurs propres intérêts, dans les limites d'une conduite juste, est le meilleur et le seul moyen durable de réaliser le progrès sociétal », avait autrefois déclaré, avec forte conviction, l’un des frères Koch, grands pourfendeurs de la mobilité électrique sous toutes ses formes. Qui semble dire tout haut ce que beaucoup d’Américains pensent tout bas ...

Mathieu PARAIN

Mathieu PARAIN

Passionné par les motorisations alternatives et attentif à l’impact des normes d’émissions sur le secteur automobile, Mathieu a débuté sa carrière de journaliste en Suisse avant de rejoindre la place de marché dédiée aux véhicules électriques et hybrides.