Airbus des batteries : malgré la menace asiatique, l'Europe tergiverse

Publié le 14 février 2018 à 11h00 | Fabrice SPATH | 3 minutes

Les constructeurs sont réticents à s'engager dans la production de cellules pour batteries qu'ils estiment ne pas relever de leur cœur de métier

Les constructeurs sont réticents à s'engager dans la production de cellules pour batteries qu'ils estiment ne pas relever de leur cœur de métier

Si la Banque européenne d’investissement (BEI) vient de confirmer qu’elle apportera son soutien au projet d’Airbus des batteries, une initiative née à l’automne 2017 sous l’impulsion de la Commission, les constructeurs sont réticents à s’engager dans la production de cellules qu’ils estiment ne pas relever de leur cœur de métier. Dépendants des acteurs asiatiques, ces derniers pourraient pourtant mettre en péril leurs programmes électriques.

L’automne dernier, la Commission européenne se refusait à instaurer des quotas de ventes de véhicules électriques et hybrides rechargeables mais s’engageait en faveur d’un Airbus des batteries. Un projet destiné à créer sur le Vieux Continent une filière de production de cellules pour batteries qui, sur un modèle « zéro émission », représente jusqu’à la moitié de sa valeur.

 

Projet accueilli sans enthousiasme

Louable, l’initiative lancée par Maros Sefcovic, vice-président de la Commission, a été accueillie avec peu d’enthousiasme par les constructeurs qui, alors même qu’ils se sont engagés dans d’ambitieux programmes électriques, rechignent à investir dans des unités de production de cellules. Préférant se concentrer sur le reste de la chaîne de traction, à savoir le moteur, l’électronique de puissance ou encore le réducteur. Un choix discutable alors que les groupes BMW et Volkswagen ont publiquement confirmé que les ventes de véhicules à batteries rechargeables représenteront entre 15 et 25 % de leurs ventes à l’horizon 2025.

 

La filière se concentre sur son cœur de métier

Quelques semaines avant le lancement de ce projet destiné à conserver l’essentiel de la valeur ajoutée d’un véhicule électrique en Europe, le nippon Nissan renonçait à produire lui-même ses piles Lithium-Ion, cédant sa participation dans la coentreprise créée avec son compatriote NEC en amont du lancement de la LEAF à un fonds d’investissement chinois. Au même moment, le groupe Volkswagen préparait un appel d’offres à destination des principaux acteurs du secteur minier pour sécuriser ses approvisionnements en cobalt, un métal précieux indispensable à la production des accumulateurs. Une initiative qui s’est soldée par un échec cuisant pour la firme de Wolfsburg.

Limiter la future dépendance

La création d’un Airbus des batteries aurait pourtant pour principal intérêt de limiter la future dépendance de la filière automobile aux batteries asiatiques dont la fabrication est concentrée dans une poignée d’acteurs : les sud-coréens LG Chem – qui fournit notamment la pile des Renault ZOE et Opel Ampera-e – et Samsung SDI qui compte Audi et BMW parmi ses clients, mais aussi les japonais Panasonic – partenaire stratégique de Tesla – et NEC ainsi que les chinois BYD et CATL. Basé dans le sud-est du pays, ce dernier devrait passer leader mondial de la production de cellules au début de la prochaine décennie.

Une impossible équation économique ?

Les acteurs et les projets européens ne manquent pas : entre les français Saft – racheté par le pétrolier Total – et Forsee Power qui vient de réaliser un nouveau tour de table, ou encore les allemands BMZ et R. Bosch, le savoir-faire est bien présent sur notre continent. Mais selon le patron de l’équipementier, « l’équation économique sera difficile à trouver ». Le salut pourrait venir des batteries solides développées par le britannique Dyson (via des brevets Sakti3) ou BMW par l’intermédiaire de sa participation dans la start-up Solid Power.

Autre écueil pointé cette fois-ci par le sidérurgiste Thyssenkrupp dont l’activité liée aux accumulateurs pourrait atteindre 1 milliard d’euros : sans soutien des constructeurs, l’Airbus des batteries ne verra jamais le jour. Avec ou sans soutien financier de la Banque européenne d’investissement (BEI) qui, hier, a approuvé un financement de 52,5 millions d’euros aux côtés du gouvernement suédois dans le projet Northvolt. Un projet pilote qui doit aboutir sur la plus importante usine de production de batteries Lithium-Ion en Europe.

Fabrice SPATH

Fabrice SPATH

Cofondateur du site, Fabrice roule en électrique la semaine et en hybride rechargeable le week-end. Après être passé par la case ingénierie chez des constructeurs et équipementiers outre-Rhin, il collabore régulièrement avec la rédaction et travaille au développement de la place de marché.