Émissions de CO2 : le choc électrique ou les sanctions financières

Publié le 25 mars 2019 à 10h23 | Fabrice SPATH | 3 minutes

ANALYSE - Dans une Europe où les émissions de CO2 du secteur automobile ont encore progressé en 2018, l’objectif des 95 grammes de CO2 par kilomètre imposé aux constructeurs par la Commission et le Parlement européens semble hors d’atteinte pour beaucoup d’entre eux. À moins d’électrifier massivement leurs gammes afin d’échapper aux lourdes amendes.


L’an passé, les émissions de CO2 des véhicules particuliers (VP) nouvellement immatriculés en Europe ont augmenté dans 20 des 23 marchés analysés par JATO Dynamics. Et le cabinet d’études britannique spécialisé dans le secteur automobile de préciser que la moyenne des émissions a augmenté de 2,4 g / km sur la période, pour atteindre 120,5 g. Soit la moyenne la plus élevée sur les quatre dernières années.

 

La Norvège premier de la classe, bonnet d’âne pour la Suisse

Champion de la mobilité électrifiée, avec plus d’un VP nouvellement immatriculé avec une chaîne de traction électrique ou hybride rechargeable, la Norvège est la championne toute catégorie des émissions. En recul de 11,4 g sur un an, la moyenne s’est établie à 72,4 g / km.

Fortement impacté par une campagne anti-diesel, le marché britannique a vu ses émissions croître de 4,3 g en 2018, à 125,1 g / km. La France se classe à la sixième position (112 g, + 1,3 g) tandis que la Suisse reçoit le bonnet d’âne avec 137,3 g (+ 4g).

Les deux principales raisons de cette augmentation résident dans le succès croissant des crossovers et SUV - souvent plus lourds et moins aérodynamiques que leurs équivalents berlines - mais surtout du recul inexorable du diesel (36 % des ventes en 2018) au profit de l’essence qui, à modèle équivalent, consomme et émet davantage.

 

Toyota champion des émissions, le premium en grande difficulté

Chez les constructeurs, le constat est identique, avec une hausse des émissions de CO2 constatée auprès de la majorité d’entre eux. À l’exception du champion Toyota (99,9 g, - 1,4 g) qui bénéficie à plein des performances commerciales de sa gamme hybride essence-électrique qui a représenté l’an passé 60 % de ses ventes sur le continent.

Grâce à sa compacte électrique LEAF redevenue numéro des ventes « zéro émission » en Europe en 2018 - plus de 40 000 unités immatriculées -, Nissan a vu ses émissions moyennes chuter de 5,2 g à 110,6 g / km.

En revanche, les constructeurs premiums (Audi, BMW, Mercedes-Benz et Volvo) ainsi que le généraliste japonais Mazda, qui s’est jusqu’à récemment opposé à toute forme d’électrification, occupent les dernières places du classement établi par JATO. Avec des moyennes oscillant entre 127,6 et 139,6 g / km - toutes en hausse -, ces industriels n’ont d’autres choix que d’électrifier massivement leurs gammes avant l’instauration de la nouvelle réglementation européenne qui imposera à compter du 1er janvier 2021 de faire passer la moyenne des émissions de leurs gammes sous la barre des 95 g / km.

 

Jusqu’à 14 milliards d'euros d’amendes

Un scénario catastrophe que tous les constructeurs redoutent, ces derniers pointant du doigt le « diktat » imposé par des fonctionnaires européens qui leur demandent l’impossible en matière de réduction des émissions de CO2.

Conclu en 2013 entre le Parlement européen et la Commission européenne, cet accord sanctionnera d’une amende de 95 euros - par gramme supplémentaire et par voiture - tous les constructeurs qui ne respecteront pas la nouvelle régélementation.

Selon une estimation du cabinet IHS Markit, le montant des sanctions financières pourrait atteindre 14 milliards d’euros dès la fin 2020, soit une moyenne de 624 euros par véhicule, avec une augmentation de 190 euros en 2021.

Malgré les efforts pour construire une stratégie de super-crédits et des investissements dans l’hybridation et l’électrification, 27 entreprises pourraient se partager l’amende de 14 milliards d’euros.

Fabrice SPATH

Cofondateur du site, Fabrice roule en électrique la semaine et en hybride rechargeable le week-end. Après être passé par la case ingénierie chez des constructeurs et équipementiers outre-Rhin, il collabore régulièrement avec la rédaction et travaille au développement de la place de marché.



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