Dieselgate : Volkswagen condamné par là où il a péché

Publié le 24 février 2016 à 17h52 | Jean-Christophe LEFEVRE | 3 minutes

Produite en Allemagne et essentiellement exportée vers la Norvège, la Volkswagen e-Golf électrique sera-t-elle bientôt assemblée sur le site américain de Chattanooga ?

Outre une amende colossale au pénal pour fraude sur ses émissions de CO2, Volkswagen pourrait bien être aussi condamné à produire sous contrainte des véhicules électriques aux Etats-Unis. Par Jean-Christophe Lefèvre.

 

« Cure the air, not the car »

Ce ne serait pour l’instant qu’une exigence formulée par l’EPA (Environmental Protection Agency) mais elle a le mérite de la pédagogie. En effet, Volkswagen pourrait être contraint d’investir dans son usine de Chattanooga dans le Tennessee afin d’y fabriquer pour le continent nord-américain des véhicules électriques (existants comme la e-Golf ou à venir comme le Budd-e). Une condamnation à l’anglo-saxonne où racheter ses fautes par là où l’on a péché est monnaie courante et qui serait finalement assez pédagogique et exemplaire … en plus de coûter moins cher au constructeur de Wolfsburg qu’une condamnation en bloc, tout en lui assurant une aura de repentance à bas prix.

Une idée suggérée à la mi-décembre par une pétition de 45 patrons de la Silicon Valley dont … Elon Musk, le patron de Tesla Motors à la CARB (California Air Resources Board) dont le mot d’ordre est « Cure the air, not the car ». Une façon de suggérer clairement qu’il ne s’agit plus aujourd’hui de réparer les erreurs du passé (pour Volkswagen) mais bien de construire l’avenir 100 % électrique.

 

En bonus, un réseau de bornes de recharge

Pour l’heure, il s’agit d’une information du journal allemand Welt am Sonntag relayée par l’agence de presse Reuters. De son côté, le site spécialisé de nos confrères d’Automotive News (basé à Detroit dans le Michigan, capitale de l’industrie automobile américaine) affirme que Volkswagen serait aussi condamné à implanter un réseau complet de bornes de recharge électrique afin de populariser ce mode de déplacement (électrique ou hybride rechargeable, Volkswagen n’est pas démunie de ce côté-là avec ses Golf et Passat GTE) au pays du pick up Ford F150 et de l’essence à 30 centimes d’euro le litre.

Soignés aux petits oignons, les consommateurs nord-américains concernés par le rappel de leurs véhicules – 600 000 en tout pour les marques Audi, Volkswagen et Porsche, 11 millions pour le monde entier – ont déjà reçu une compensation financière de 1 000 dollars. Sans compter bien entendu l’issue du procès en cours aux Etats-Unis où la justice américaine réclame pas moins de 2 750 dollars par véhicule incriminé, soit près de 20 milliards de dollars d’amende. De quoi fabriquer une gamme plus que large de voitures électriques Audi, Porsche et Volkswagen !

Volkswagen Golf GTE : quelle consommation sur autoroute ? 

Quand les politiques s’en mêlent …

Quoi qu’il en soit, on notera surtout que les négociations entre les autorités fédérales, la cour de Justice et le groupe Volkswagen vont bon train pour trouver une issue honorable et la moins coûteuse possible pour éteindre la procédure juridique en cours qui, sur le continent américain, pourrait durer des décennies et ruiner à jamais l’implantation déjà difficile du n°2 mondial.

Volkswagen comme l’EPA n’ont pas souhaité réagir à cette information en arguant du fait qu’ils ne pouvaient commenter une information sur une affaire pénale en cours. Il n’en reste pas moins que, selon le Welt am Sonntag, le patron du comité de direction de Volkswagen, Hans Diester Poetsch se serait fait remonter les bretelles par le ministre allemand des transports Alexander Dobrindt afin de trouver une issue rapide au Dieselgate afin de préserver l’image et l’emploi de Volkswagen en Allemagne. Quand les politiques s’en mêlent … ce n’est pas forcément bon mais cela prouve qu’il y a urgence avant des élections générales. Celles, fédérales, de 2017 seront cruciales pour Angela Merkel après celles de 2013 car la victoire de sa coalition est loin d’être assurée.

Jean-Christophe LEFEVRE

Journaliste auto depuis plus de 30 ans, sa passion c'est le journalisme sous toutes ses formes. Essayeur attitré des lecteurs de l'Auto-Journal, du Monde et du Figaro, cet « auto addict » a aussi copiloté le site éponyme et écrit aujourd'hui pour Breezcar, Silver Age et la presse auto pro.



Laisser un commentaire