Airbus des batteries : allié à Siemens, le français Saft cible les véhicules électriques

Publié le 21 septembre 2018 à 05h00 | La rédaction | 3 minutes

Filiale du pétrolier Total, Saft travaille sur des batteries à haute densité énergétique qui seront mis en production en Europe en 2020

Filiale du pétrolier Total, Saft travaille sur des batteries à haute densité énergétique qui seront mis en production en Europe en 2020

Saft, société française filiale du géant pétrolier Total, ambitionne de se lancer dans la fabrication de batteries électriques pour véhicules électriques grand public. Le démarrage de la production est prévu pour le premier semestre 2020.

Le fabricant de batteries Saft, au cœur d'une alliance avec le belge Solvay et les allemands Manz et Siemens qu'il a formée en début d'année, entend lui aussi se lancer dans un secteur promis à une forte croissance et dominé jusqu’ici par les compagnies originaires de l’Asie : les batteries pour voitures électriques. « Le marché va grossir et il y a de la place pour de nouveaux entrants à condition de s'y prendre suffisamment tôt », a expliqué Jean-Baptiste Pernot, le directeur des opérations de Saft, lors d'un entretien accordé à Reuters.

Aujourd'hui spécialisé dans les marchés de niche à forte valeur ajoutée - ses batteries équipent des data centers, des avions, des satellites, ou encore des plateformes pétrolières -, la filiale du groupe pétrolier Total ferait ainsi son entrée dans un secteur automobile grand public qu'il avait déjà tenté d'investir - sans grand succès - dans les années 2000.

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Marché européen de 200 GWh d’ici 2025

« Le montant pour devenir un champion de la batterie d'ici 2030 se compte en milliards d'euros, et plus près de la dizaine de milliards d'euros que du milliard, tout compris », a par ailleurs indiqué M. Pernot. Selon le responsable, le marché européen des accumulateurs pourrait atteindre environ 150 à 200 GWh à horizon 2025 et « probablement deux fois plus en 2030 », a-t-il dit, optimiste.

La société prévoit de consacrer 200 à 300 millions d'euros en recherche et développement (R&D) à son projet de batteries - un montant qui n'inclut pas la contribution de ses partenaires, confidentielle - avant de passer à la phase d'industrialisation.

Les ambitions de Saft s'inscrivent dans la stratégie commune de l'Union européenne (UE) en matière d'énergie, qui souhaite doter le Vieux Continent de sa propre filière technologique pour le stockage d'électricité. Un « Airbus des batteries » qui permettrait à l’Europe de retrouver une indépendance face au quasi-monopole de l'Asie, représentée notamment par les sud-coréens Samsung SDI et LG Chem, le chinois CATL et le nippon Panasonic.

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Miser sur les batteries à l’état solide

Alors que l'écrasante majorité des batteries pour véhicules électriques utilise actuellement le lithium-ion liquide, les chercheurs de Saft veulent commencer par améliorer cette technologie pour gagner en densité énergétique, avec deux nouveaux modèles (dits de "génération 3A" et "3B") dont la production devrait démarrer au premier semestre 2020 et en 2022. « Pour qu'un acteur soit compétitif sur le marché de masse des véhicules électriques, il faudra des usines de plus de 10 GWh », a déclaré M. Pernot.

Ce n’est que dans un second temps, c’est-à-dire vers 2024-2025, que la société - dont le cœur de métier est la fabrication de piles industrielles - envisage de passer aux batteries à l’état solide.