Les auto-écoles et l’électrique : entre fiscalité diesel et nombreux a priori

Publié le 13 décembre 2017 à 09h00 | Fabrice SPATH | 3 minutes

A compter du 1er janvier prochain, les auto-écoles parisiennes pourront acheter un véhicule électrique en cumulant 12 000 euros d’aides

A compter du 1er janvier prochain, les auto-écoles parisiennes pourront acheter un véhicule électrique en cumulant 12 000 euros d’aides

Récupération de la TVA sur le gasoil, autonomie et temps de charge des véhicules électriques, boîte automatique : autant de défis et d’a priori que la Ville de Paris va devoir affronter pour convaincre les auto-écoles de convertir progressivement leurs flottes à l’électrique. En jeu : une prime de 6 000 euros.

 

Enjeu de santé publique

A compter du 1er janvier 2018, la Ville de Paris renforce son dispositif d’aides à l’achat de véhicules à très faibles émissions polluantes. Taxis, bateaux, professionnels de la livraison, artisans et commerçants sont concernés par une nouvelle enveloppe budgétaire souhaitée par Anne Hidalgo. Objectif : réussir son pari de bannir en 2024 des rues de la capitale les véhicules à motorisation diesel puis les modèles à essence en 2030. A cette date, la concentration en particules fines devra avoir été réduite de 1,3 mg par mètre cube. Une pollution qui entraîne chaque année le décès prématuré de 400 Parisiens et l’hospitalisation de plus de 7 000 personnes.

 

Un total de 12 000 euros d’aides

Parmi les nouvelles cibles de la mairie : les auto-écoles. Diéselisées dans leur très grande majorité, leurs flottes devront progressivement se convertir à l’électrique. Pour inciter les professionnels à sauter le pas, la municipalité a mis sur pied une nouvelle aide de 6 000 euros pour l’achat d’un modèle « zéro émission », cumulable avec le bonus « écologique » de 6 000 euros. Un dispositif que Philippe Colombani, président du syndicat UNIC (Union Nationale des Indépendants de la Conduite) ne convainc guère. Interrogé par Le Parisien, celui qui est également propriétaire d’une auto-école à Choisy-le-Roi (Yvelines) souligne que « 95 %, pour ne pas dire 98 %, de notre flotte est au diesel. Pourquoi ? Tout simplement car la loi nous permet de récupérer la TVA sur le carburant quand c’est du gasoil. »

Bornes de recharge Paris 

Exonération de TVS et rééquilibrage essence-gasoil

Valable il y a encore peu, l’argument d’une fiscalité avantageuse du gasoil va progressivement perdre de son importance, dans la mesure où le gouvernement entend rééquilibrer la fiscalité entre les deux carburants d’ici 2022. D’autre part, en achetant un véhicule électrique, les professionnels bénéficient d’une exonération totale de la taxe sur les véhicules de société (TVS). Autre sujet de discorde avancé par M. Colombani : la boîte automatique dont sont dotés tous les modèles à batteries. Une faiblesse selon lui, étant donné que le jeune titulaire du permis « ne pourra conduire que ce genre de voiture. Ou payer, une nouvelle fois après, pour valider la conduite avec boîte mécanique. Le prix du permis va exploser. »

 

Boîte automatique et autonomie réelle

Une contre-vérité, dans la mesure où la formation sur boîte automatique est plus courte (13h contre 20h sur une mécanique) et donc moins chère. Et pour pouvoir conduire ensuite une boîte manuelle, le titulaire du permis devra simplement suivre une formation de 7 heures (dans les 6 mois) à l’issue de laquelle il recevra une attestation. Derniers a priori soulevés par M. Colombani : le temps de charge et l’autonomie d’un véhicule électrique. Adoptée à une centaine d’exemplaires par le groupe d’auto-écoles ECF, la citadine Renault ZOE offre pourtant une autonomie réelle de 300 km et, via une borne de recharge du réseau parisien BELib’, recouvre environ 150 km d’autonomie sur une pause déjeuner d’1h30. Pour inciter les professionnels de la conduite à adopter le mode « zéro émission », la Ville de Paris va donc devoir faire preuve de beaucoup de pédagogie.

Fabrice SPATH

Fabrice SPATH

Cofondateur du site, Fabrice roule en électrique la semaine et en hybride rechargeable le week-end. Après être passé par la case ingénierie chez des constructeurs et équipementiers outre-Rhin, il collabore régulièrement avec la rédaction et travaille au développement de la place de marché.