Carlos Ghosn : « notre pari sur l’électrique s’est révélé gagnant » (Interview)

Publié le 30 septembre 2016 à 11h00 | Fabrice SPATH | 4 minutes

Sur le stand Renault du Mondial de Paris, Carlos Ghosn s’est confié en petit comité sur le programme voiture électrique de l’Alliance

Sur le stand Renault du Mondial de Paris, Carlos Ghosn s’est confié en petit comité sur le programme voiture électrique de l’Alliance

Lors de l’ouverture du Mondial de l’Automobile de Paris à la presse, nous avons pu interviewer Carlos Ghosn en petit comité. L’occasion d’interroger le PDG de l’Alliance Renault Nissan sur la genèse du projet véhicule électrique et les récentes annonces des concurrents sur ce marché en pleine ébullition. Par Fabrice Spath.

 

350 000 véhicules électriques pour l’Alliance

Modèle électrique le plus vendu en Europe, Renault ZOE fait sa révolution Porte de Versailles. Produite sur le site francilien de Flins, la citadine 5 places s’offre une nouvelle batterie Lithium-Ion de 41 kWh contre 22 kWh précédemment. Une hausse de la capacité qui se traduit par une autonomie réelle supérieure à 300 km. Commercialisée dans la foulée de sa présentation, la ZOE « Z.E. 40 » devance l’ensemble de la concurrence, y compris la nouvelle Smart Electric Drive (ED) qui bénéficie pourtant du bloc moteur de la française produit à Cléon (Normandie).

A l’heure où l’offre de véhicules électriques s’élargit en concessions et que la bataille sur l’autonomie ne fait que commencer, Renault et son allié Nissan semblent avoir mangé leur pain noir. Initiée en 2009 au lendemain du lancement de la citadine Mitsubishi i-MiEV sur le marché japonais, la stratégie électrique commence à porter ses fruits. Depuis le lancement fin 2010 de la Nissan LEAF, l’Alliance a écoulé plus de 350 000 véhicules électriques sur la planète. Sur le Vieux Continent, 1 voiture électrique en circulation sur 4 est une Renault.

Avec 300 km d’autonomie, la Renault ZOE va-t-elle vous brancher ? 

50 % des ventes électriques sur la planète

Le pari de l’électrique a été motivé par « une trop grande dépendance au pétrole, une forte volatilité du prix du baril et le problème des émissions polluantes » confie Carlos Ghosn. « Toute la question était de savoir à quelle vitesse le marché allait se développer » poursuit-il. Le choix de l’électrique a également été dicté par le fait que « la technologie était déjà maîtrisée, contrairement à l’hydrogène ». D’autre part, « l’électricité est une notion familière pour les consommateurs » qui la côtoient quotidiennement. Enfin, « l’électricité a également pour avantage de pouvoir être produite à partir de beaucoup de sources » dont le nucléaire, l’éolien, le solaire ou l’hydraulique.

« Le pari engagé il y a maintenant 7 ans » se traduit aujourd’hui par le fait que « 50 % des ventes de véhicules électriques dans le monde sont issus de l’Alliance » et que « Renault ZOE est numéro 1 des ventes en Europe ».  Selon Carlos Ghosn, « l’annonce des 300 km d’autonomie réelle sur ZOE ne va que renforcer » cette dynamique. Le dernier Baromètre de la Mobilité électrique réalisé par l’institut IPSOS n’est pas pour le contredire, l’étude révélant que 72 % des personnes interrogées estiment qu’une autonomie minimale de 300 km est un facteur déclencheur d’achat.

2016 : le TOP 5 des voitures électriques en France 

Une bataille qui ne fait que commencer

Interrogé sur la concurrence qui durant le Mondial multiplie les annonces, concepts et nouveautés, le PDG de l’Alliance se « réjouit que tout le monde se découvre une mission électrique », rappelant au passage qu’au début de l’aventure, « Renault a été raillé » et qu’on lui a « reproché de ne produire ni hybride, ni hybride rechargeable ». Persuadée que la voiture électrique allait jouer un rôle très important dans l’avenir de l’automobile, l’Alliance y a investi plus de 5 milliards d’euros. Un investissement qui a laissé la concurrence dubitative un temps avant d’accélérer sur cette technologie qui permet de respecter les contraignantes normes antipollution édictées par les régulateurs de la planète.

L’ambiance électrique de cette édition 2016 du Mondial de Paris est là pour confirmer la tendance. Un an après l’éclatement du Dieselgate, tous les constructeurs cherchent à verdir leurs gammes. L’électrique et l’hybride rechargeable y tiennent une place prépondérante, à l’image des stands de Hyundai, Mercedes, Mitsubishi, Opel ou encore Volkswagen. Si l’avenir électrique semble prometteur, la concurrence rôde et la bataille ne fait que commencer. En témoigne l’offensive allemande pour tenter de contrer le californien Tesla Motors qui a annoncé un objectif de 500 000 véhicules produits en 2018.

Fabrice SPATH

Fabrice SPATH

Cofondateur du site, Fabrice roule en électrique la semaine et en hybride rechargeable le week-end. Après être passé par la case ingénierie chez des constructeurs et équipementiers outre-Rhin, il collabore régulièrement avec la rédaction et travaille au développement de la place de marché.